Les vides porteurs : ce que les manques urbains révèlent des sociétés citadines africaines. Une approche par les usages

Auteurs

  • DIOP Papa Samba

DOI :

https://doi.org/10.5281/zenodo.23316480

Résumé

Résumé

Les villes africaines sont souvent décrites par ce qui leur manque : équipements, logements adaptés, services, espaces publics. Cet article propose de regarder ces manques autrement. Il s’appuie sur la notion de « vide porteur », issue d’une longue pratique de l’aménagement à Dakar et développée dans l’ouvrage « Bâtir dans les vides ». Il soutient que nombre d’espaces dits vides sont en réalité habités par des usages, des arrangements et des savoirs que la planification ignore. La notion est mise en discussion avec les travaux sur l’informalité urbaine (Roy), sur les habitants comme infrastructure (Simone), sur l’empiètement discret des citadins ordinaires (Bayat), sur la gestion des communs (Ostrom) et sur l’approche par les capabilités (Sen). L’article propose une définition stabilisée — un écart entre ce qui existe et ce dont les habitants ont besoin, qui répond à un besoin réel et durable, est déjà investi par des usages ou des arrangements locaux et offre une possibilité de transformation reconnue comme légitime —, une typologie en quatre familles (spatiale, fonctionnelle, normative, temporelle) et une matrice de décision. Il expose surtout un dispositif d’enquête à méthodes mixtes, associant repérage par images, immersion ethnographique, entretiens, questionnaire auprès des ménages et ateliers de restitution, destiné à rendre le repérage des vides comparable d’une ville à l’autre. Six hypothèses de recherche sont formulées. L’enjeu est double : mieux comprendre la fabrique ordinaire des villes africaines, et éviter que l’action publique n’efface, en croyant « libérer » l’espace, des usages dont dépend la vie de nombreux ménages.

Mots clés : Vide porteur ; Informalité urbaine ; Usages ; Communs ; Capabilités ; Enquête de terrain ; Méthodes mixtes ; Dakar ; Afrique.

 

 

Abstract

African cities are often described in terms of what they lack: facilities, suitable housing, services, public space. This article offers a different reading of these gaps. It builds on the notion of “generative voids” (vides porteurs), rooted in long-standing urban planning practice in Dakar and developed in the book “Bâtir dans les vides”. It argues that many so-called empty spaces are in fact filled with uses, arrangements and forms of knowledge that planning overlooks. The notion is discussed in relation to work on urban informality (Roy), people as infrastructure (Simone), the quiet encroachment of ordinary city dwellers (Bayat), the governance of the commons (Ostrom) and the capability approach (Sen). The article puts forward a stable definition — a gap between what exists and what residents need, which meets a real and lasting need, is already invested by local uses or arrangements, and offers a transformation opportunity recognised as legitimate. It also proposes a four-family typology (spatial, functional, normative, temporal) and a decision matrix. Above all, it sets out a mixed-methods research design combining image-based mapping, ethnographic immersion, interviews, a household survey and feedback workshops, designed to make the identification of voids comparable across cities. Six research hypotheses are put forward. The stakes are twofold: to better understand how African cities are made in everyday life, and to prevent public action from erasing, in the name of “clearing” space, uses on which many households depend.

Keywords: Generative voids; Urban informality; Uses; Commons; Capabilities; Fieldwork; Mixed methods; Dakar; Africa.

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Publiée

2026-10-12

Comment citer

DIOP Papa Samba. (2026). Les vides porteurs : ce que les manques urbains révèlent des sociétés citadines africaines. Une approche par les usages. African Scientific Journal, 3(38). https://doi.org/10.5281/zenodo.23316480