L’ingénierie de l’appropriation : usages, règles collectives et capabilités. Pourquoi certains ouvrages publics sont adoptés et d’autres délaissés en Afrique

Auteurs

  • DIOP Papa Samba

DOI :

https://doi.org/10.5281/zenodo.23315668

Résumé

Résumé

Pourquoi deux points d’eau construits la même année, avec la même technologie, connaissent-ils des destins opposés, l’un entretenu et fréquenté, l’autre abandonné en quelques mois ? Les inventaires disponibles indiquent qu’environ une pompe à motricité humaine sur quatre est hors service à un moment donné en Afrique subsaharienne, et le phénomène s’étend aux marchés, blocs sanitaires et équipements de quartier. Cet article soutient que l’écart entre l’ouvrage livré et l’ouvrage utilisé relève d’abord des sciences sociales. Il mobilise l’approche par les capabilités d’Amartya Sen pour penser le passage de la ressource à l’usage, les travaux d’Elinor Ostrom sur les communs et la coproduction pour penser les règles qui font durer cet usage, ainsi que la sociologie des usages (Akrich, de Certeau) et les études urbaines du Sud (Roy, Simone). Il propose la notion d’« ingénierie de l’appropriation », développée dans l’ouvrage « Bâtir dans les vides », comme l’ensemble des démarches qui aident les populations à comprendre, adopter, entretenir et adapter les ouvrages construits pour elles. L’appropriation y est définie comme un fait social mesurable en quatre dimensions : usage, entretien, sens et gouvernance. Adossé à une posture de réalisme critique et à un raisonnement hypothético-déductif complété par l’abduction, l’article décrit un dispositif d’enquête comparatif fondé sur des paires d’ouvrages semblables, l’un adopté, l’autre délaissé, combinant enquête auprès des ménages et ethnographie des comités d’usagers. Six hypothèses sont formulées.

Mots clés : Appropriation ; Usages ; Capabilités ; Communs ; Coproduction ; Services publics; Enquête comparative ; Afrique.

 

 

Abstract

Why do two water points built in the same year, with the same technology, end up with opposite fates, one well maintained and in constant use, the other abandoned within a few months? Available inventories suggest that roughly one in four handpumps in sub-Saharan Africa is non-functional at any given time, and that the problem extends to markets, public toilets and neighbourhood facilities. This article argues that the gap between the facility as delivered and the facility as actually used is, first and foremost, a matter for the social sciences. It draws on Amartya Sen’s capability approach to analyse how resources are converted into actual use, on Elinor Ostrom’s work on the commons and co-production to analyse the rules that make such use last, and on the sociology of uses (Akrich, de Certeau) and Southern urban studies (Roy, Simone). It puts forward the notion of “appropriation engineering”, developed in the book “Bâtir dans les vides” (Building in the voids), to designate the set of practices that help people understand, adopt, maintain and adapt the facilities built for them. Appropriation is defined as a measurable social fact with four dimensions: use, maintenance, meaning and governance. Grounded in a critical realist stance and in hypothetico-deductive reasoning complemented by abduction, the article then sets out a comparative research design based on matched pairs of similar facilities, one adopted and the other abandoned, combining a household survey with an ethnography of user committees, and puts forward six testable hypotheses.

Keywords: Appropriation; Uses; Capabilities; Commons; Co-production; Public services; Comparative research; Africa.

Téléchargements

Publiée

2026-10-12

Comment citer

DIOP Papa Samba. (2026). L’ingénierie de l’appropriation : usages, règles collectives et capabilités. Pourquoi certains ouvrages publics sont adoptés et d’autres délaissés en Afrique. African Scientific Journal, 3(38). https://doi.org/10.5281/zenodo.23315668