Dispersion des votes et réductionnisme électoral au Congo-Kinshasa : une étude menée dans les villes de Beni et de Butembo, aux scrutins de 2018 et 2023

Auteurs

  • Bernard Kambere Muhiwa Kamuha

DOI :

https://doi.org/10.5281/zenodo.20760353

Résumé

Résumé

Cette étude analyse la forte dispersion des votes observée lors des élections législatives nationales de 2018 et 2023 dans les villes de Beni et de Butembo, en République démocratique du Congo (RDC). Cette recherche vise à identifier les causes de la forte dispersion des votes et d’en proposer des stratégies d’atténuation. Pour y parvenir, la méthode stratégique, l’approche comparative et le paradigme de cohérence, par combinaison du positivisme et constructivisme, ont guidé le raisonnement. Grâce au questionnaire, les données ont été produites auprès de 308 enquêtés dont 255 électeurs et 53 candidats de différentes listes dans les villes de Beni et de Butembo, en Province du Nord-Kivu. Les données relatives à la dispersion des votes ont été recueillies dans les documents des résultats de la Commission Electorale Indépendante (CENI)[1]. Le traitement des données, le test de Khi-deux et différents indices de dispersion ont été réalisés grâce aux logiciels Sphinx, Excel et SPSS. A partir des résultats de la CENI, d’enquêtes de terrain et de l’indice de Gini (G = 0,68), l’étude met en évidence une forte dispersion, c’est-à-dire, une concentration des suffrages au profit d’un nombre limité de listes d’une même tendance politique, malgré la multiplication des partis et candidats. Les comportements des électeurs, centrés principalement sur la personnalité et les réalisations sociales des candidats, ainsi que les stratégies de campagne, expliquent cette fragmentation électorale désordonnée. Le système partisan et le scrutin de liste ouverte à vote préférentiel renforcent cette dynamique. Face à cette situation, l’étude propose le modèle du « réductionnisme électoral », innovation en sociologie électorale, fondé sur la rationalisation du multipartisme, la réduction du nombre de partis, de 910 à 6, et par ricochet, la suppression du seuil électoral, des alliances et des listes de candidatures. Cette diminution sensible des partis doit être renforcée par la légalisation de l’instauration d’élections primaires afin de favoriser une représentation politique plus cohérente et efficace.

La grande conclusion consiste à reconnaître la forte dispersion des votes évaluée par l’indice de Gini de 0,68, comme un problème de démocratie pluraliste de façade en RDC où le marché électoral oligopolistique profite à la dictature d’une tendance politique. Causée par les comportements des électeurs et des candidats de listes, sous la modération des systèmes électoral et partisan, la forte dispersion des votes constitue un phénomène réductible, soluble, à partir de la diminution des partis de 910 à 6 et la restauration du système d’élections primaires au sein des partis. Cette réduction sous-entend la suppression d’alliances et du seuil de représentativité aux législatives.

Mots-clés : dispersion des votes ; concentration des suffrages ; réductionnisme électoral ; multipartisme ; sociologie électorale ; élections législatives; vote, élection,  République démocratique du Congo ; Beni ; Butembo.

Abstract

This study analyzes the high dispersion of votes observed during the 2018 and 2023 national legislative elections in the cities of Beni and Butembo, in the Democratic Republic of the Congo (DRC). The research aims to identify the causes of this strong vote dispersion and to propose mitigation strategies. To achieve this objective, the strategic method, the comparative approach, and the coherence paradigm, combining positivism and constructivism, guided the reasoning process. Through a questionnaire survey, data were collected from 308 respondents, including 255 voters and 53 candidates from different electoral lists in the cities of Beni and Butembo, North Kivu Province. Data relating to vote dispersion were obtained from the official results published by the Independent National Electoral Commission (CENI). Data processing, Chi-square tests, and various dispersion indices were conducted using Sphinx, Excel, and SPSS software. Drawing on electoral results published by the Independent National Electoral Commission (CENI), field surveys, and the Gini index (G = 0.68), the study reveals a high level of vote dispersion, characterized by a concentration of votes in favor of a limited number of electoral lists sharing the same political orientation, despite the proliferation despite the proliferation of political parties and candidates. Voter behavior, primarily driven by candidates’ personal characteristics and social achievements, as well as campaign strategies, largely explains this disorderly electoral fragmentation. The party system and the open-list proportional representation system with preferential voting further reinforce this dynamic. In response to this situation, the study proposes the model of “electoral reductionism,” an innovation in electoral sociology, based on the rationalization of multipartism through a reduction in the number of political parties—from 910 to 6—and, consequently, the elimination of the electoral threshold, electoral alliances, and multiple candidate lists.

This significant reduction in the number of political parties should be reinforced through the legal establishment of primary elections in order to promote more coherent and effective political representation.

The main conclusion is that the high vote dispersion, measured by a Gini coefficient of 0.68, constitutes a problem of superficial pluralist democracy in the Democratic Republic of the Congo, where an oligopolistic electoral market benefits the dominance of a single political tendency. Caused by the behavior of voters and candidates, under the moderating influence of the electoral and party systems, high vote dispersion is considered a reducible and solvable phenomenon through the reduction of political parties from 910 to 6 and the restoration of primary elections within political parties. Such a reduction also implies the abolition of political alliances and the electoral representativeness threshold in legislative elections.

Keywords: vote dispersion; vote concentration; electoral reductionism; multipartism; electoral sociology; legislative elections;  vote, election, Democratic Republic of the Congo; Beni; Butembo.

 

[1] La CENI est créée par la Loi organique n° 10/013 du 28 juillet 2010. Elle succéda ainsi à la CEI (Commission Electorale Indépendante). Dans cette nouvelle donne, la Décision n° 017/CENI/BUR/11 du 30 avril 2011 porte publication du Calendrier électoral de 2011.

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Publiée

2026-06-16

Comment citer

Bernard Kambere Muhiwa Kamuha. (2026). Dispersion des votes et réductionnisme électoral au Congo-Kinshasa : une étude menée dans les villes de Beni et de Butembo, aux scrutins de 2018 et 2023. African Scientific Journal, 3(36), 1728. https://doi.org/10.5281/zenodo.20760353